Mercredi 17 octobre 2007 3 17 /10 /Oct /2007 11:24


solo
 
Croire que tu peux faire cavalier seul est une monumentale illusion. 
Une absurdité !
 
Par lili - Publié dans : éclats
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 14:16

un




Guérir...


Où commence le processus de guérison ?
A l’instant où tu prends conscience que tu ne peux pas guérir le monde sans commencer par toi - parce que tu ne fais qu’UN avec lui. Quand tu réalises que vous n’êtes pas des entités distinctes et séparées. Que vous n’êtes pas l’un dedans et l’autre dehors. Quand tu te pressens cellule de l’immense corps qu’est la terre.
Par lili - Publié dans : éclats
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 13:19


S’extraire…
 
 

Tu prends tes distances avec le vieux monde agonisant. Tu t’extrais de sa spirale de mort. Tu ne veux pas être jeté vivant dans ses charniers. Ah, le mal que les hommes se donnent pour transformer leur terre en enfer! La tragédie, tu en viens – le hurlement des aliénés, la souffrance des âmes torturées, les pertes, le désespoir, l’inexorable dégénérescence… Tu as bercé ce monde dans ton sein. Tu l’as écouté, nourri, consolé… Vous avez grandi ensemble - confondus. Tu t’es abreuvé de ses souffrances. Intégrées à ta chair, à ton souffle - tu les apprivoises, tu les apaises. Elles deviennent proprement tiennes.

Par lili - Publié dans : éclats
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 13:06


" Rien ne sert de courir il faut partir à point "
 
 
Peu importe le " Jour J ", l’essentiel est de ne pas rater le départ.
Un matin le fruit tombe. Il est mûr.
Simple comme bonjour ! 
Par lili - Publié dans : éclats
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Mardi 16 octobre 2007 2 16 /10 /Oct /2007 12:05

 


éclat...
 
 
Tu te vois reflété dans un kaléidoscope. Te voilà éclaté, dispersé, fragmenté. Tu n’es plus qu’un chaos sans forme. Ca ne peut plus être toi. Tu dis " Tout ceci m’est étranger ". Regardez ma photo, vous voyez ? Ca ne me ressemble pas du tout. Vous devez faire erreur.
 


Par lili - Publié dans : éclats
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Samedi 6 octobre 2007 6 06 /10 /Oct /2007 16:56

 

 

Sans tout à fait comprendre pourquoi, les vendanges dans son imaginaire ont toujours représentées un " moment spécial " - de grâce, d'abondance, de prise de conscience. Un temps de douleurs aussi, de luttes, d'intenses efforts, d'épuisement, de découragement parfois. Pour Ondine c'est chaque fois une initiation, une occasion exceptionnelle d'observer les méandres de son cerveau somnambulique. A peine livré à lui-même, le voilà qui déroule sa belle mécanique de pensées automatiques, privées de souffle. L'action est répétitive : se baisser, chercher la grappe, couper, viser le seau, le pousser plus loin, recommencer… Son corps s'en charge tant bien que mal, selon la forme et l'humeur du moment, tandis que son esprit prend le large, vagabonde. Selon le jour et l'heure, c'est le jour et la nuit, souffrance ou jouissance, pesanteur ou légèreté, raideur ou souplesse, effort ou facilité. Ondine ne cesse de s'en étonner, d'être interpellée : comment peut-elle passer ainsi d'un extrême à l'autre dans une situation identique, accomplissant la même action ? C'est stupéfiant ! Attentive, elle observe - essayant de ne pas se laisser emporter par le flot continu de mots semblant émerger de nulle part, comme venus d'ailleurs – ce qui se raconte dans sa tête, ses membres, son souffle. Dedans ça parle de partout, pas seulement dans son crâne mais dans tout le corps - les reins endoloris, la peau brûlée, les jambes égratignées, le ventre affamé, la nuque raidie - Ca parle... Elle écoute l'incessant bavardage aux allures de symphonie dissonante, distingue plusieurs voix, repère des motifs se répétant inlassablement jusqu'à envahir tout l'espace - tout le temps. Quand ça lui prend, Ondine sait d'avance qu'elle sera perdante, qu'elle finira exsangue si elle ne parvient pas à faire taire le vilain perroquet – l'Imitateur de grand renom, roi de la contrefaçon - et son désespérant discours qui épuise ses forces : " Je n'en peux plus ", " Je suis morte ", " C'est trop dur ", " Je ne peux pas continuer " … Les bras de plus en plus lourds, les mains se font malhabiles, les grappes s'échappent, le seau se renverse, un sarment l'agrippe et la griffe, elle se tord la cheville, " Aïe, au secours, je n'en peux plus! ", rabâche l'affreux radoteur qui veut sa peau et s'ingénie à lui faire perdre le souffle. Ondine en vient à croire la vigne malveillante, c'est elle qui la repousse, la rejette, lui fait mal ! Demain, tout à l'heure, elle rira, se moquera de ses délires, constatera l'étendue de sa folie. Il suffit qu'elle passe de l'autre côté, que le ciel se dégage - la légèreté, le plaisir l'enivrent à nouveau. L'incomparable lumière de septembre, le bourdonnement des insectes, les effluves de menthe et d'aneth, la douceur de l'air, tout l'enchante.  


Pourtant cette année, tout est différent. Ondine ne se reconnaît plus. Elle se souvient s'être dit quelques années auparavant, presque résignée : " Je commence à me faire vieille, ce sera bientôt trop difficile. " Cinq ans plus tard, la cinquantaine approche, elle se surprend : elle est infiniment plus jeune qu'à trente ou même qu'à quinze ans. A l'entrée au lycée, le feu de sa conscience en éveil illuminant sa vision, Ondine se sentait quelquefois investie d'une sagesse très ancienne. Elle jugeait alors les adultes censés lui servir de guides, d'autant plus immatures , si tragiquement inconscients! Dès qu'elle évoque les " vieux " de la génération de ses parents, elle est sidérée. " Maintenant, j'ai leur âge ! C'est tellement irréel ! Comment puis-je être si proche de 50 ans, d'un demi-siècle! ? C'est incompréhensible ! Où sont passés l'usure de l'âge, le poids des ans, le triste lot des renoncements, les rêves ensevelis sous la neige, les regrets, le remords, le chagrin ? ".Vieillir est si souvent synonyme de souffrir, perdre, renoncer, s'alourdir, se trahir… Non, elle ne se sent pas dégradée, diminuée, essoufflée ni même malmenée par la vie, c'est tout le contraire ! Ondine invite le temps à accomplir son grand œuvre, de morts en renaissances successives, elle s'offre passionnément à la transmutation. Elle se souvient des années sombres de la mélancolie et de la déprime, de l'horrible sentiment d'étouffer dans un lointain cachot étroitement serrée d'un glacial manteau de solitude, du refus entêté d'entrer dans une société confite d'un matérialisme sans âme, vide d'idéal… Elle se revoit, errante, prise au piège du trop fascinant labyrinthe de son esprit, remâchant d'inintelligibles droits et devoirs, désespérant d'atteindre un jour prochain une issue à l'air libre. Elle ressent encore la lancinante souffrance de ne pas parvenir à être pleinement elle-même. Et pourtant… " C'est si loin tout ça ! ". Vaillant Petit Poucet, elle sème tous ses fardeaux en chemin, obstinément, l'un après l'autre. " Bon débarras! Que rien n'en reste ! " Il est grand temps de faire place nette. De tirer le vin nouveau. D'être aussi nue qu'un nouveau-né, aussi dépouillée qu'un mourant. Elaguée. Allégée. Epurée. "
     

 

 

 

 Elle se redresse, arrêtée par le silence et l'impression soudaine d'être seule. Non, le reste de l'équipe est bien là, poursuivant les mêmes gestes, loin derrière. C'est d'autant plus ahurissant que cela se reproduit à l'identique chaque jour, quelques soient l'heure, la brûlure du soleil, la soif, la raideur du coteau, les herbes hérissées de piquants. Ondine s'est toujours considérée comme une personne lente, manquant de vigueur et de résistance physique, trop rêveuse, trop passive, trop éthérée, pas assez dynamique, volontaire, tenace… accablée devant tant de " trop " ou de " trop peu ". Un très lourd handicap dans une société obsédée par la rigueur, le travail, l'effort – sans lesquels il serait absolument vain, paraît-il, d'espérer voir fructifier son avoir pour devenir un jour " quelqu'un ". Un handicap, à moins qu'il ne s'agisse d'un acte inconscient de résistance passive, d'une saine stratégie d'autodéfense. Elle rit d'elle-même, gagnée par une douce euphorie " Je les ai tous semés ! " Elle s'épate, se regarde soudain métamorphosée en flèche ! N'est-ce pas là le secret du Bateleur, de la " divine " légèreté, qui clame joyeusement à qui veut bien l'entendre : " Transformez tout travail en jeu ". Encore une manière de prendre ses distances avec les autres. Ondine ne le fait pas exprès, ça se fait tout seul, naturellement - elle s'écarte, s'éloigne, s'isole. C'est ainsi qu'elle apprécie la compagnie, à condition d'être légèrement de côté, de pouvoir respirer librement le grand air qui souffle de l'intérieur de son être. C'est en se maintenant à part qu'elle sait le mieux rejoindre les autres – le tout autre - en silence, participant ainsi à l'œuvre collective. Tant d'années pour le reconnaître et l'accueillir enfin comme l'eau coulant de sa source! Toutes ses années passées à se découvrir, se comprendre, s'accepter, s'aimer telle qu'elle est - elle voudrait les embrasser, les remercier, les honorer. Qui peut croire que le temps s'enfuit ?! Le temps s'en va et nous revient généreusement gorgé, enrichi des mille et un fruits de l'expérience de nos sens. Il flue et reflue, impulsant un rythme à nos vies. 



 Grappes après grappes, Ondine récolte ainsi ses fruits, distille son eau de vie – l'année est exceptionnelle, le vin s'annonce divin. Plus le temps passe plus elle retrouve le goût du jeu, ce pur bonheur enfantin de s'absorber entièrement dans ce qu'elle fait. Le monde entier est un théâtre tragi-comique, une scène où danser avec la vie. Elle ne croit plus au monde réel. Peu à peu se défait l'illusion d'une réalité purement objective. Pour chacun, la vérité du monde n'est que la façon toute singulière dont il le voit, le ressent, l'interprète – en somme une simple affaire de représentations, de points de vue. En écho à ses réflexions, un prix Nobel de médecine déclarait récemment qu'il n'existe dans le monde réel, ni couleurs, ni beauté ni laideur. " Dehors, c'est un chaos de soupe et de champs énergétiques. Réellement. Nous prenons cela et quelque part en nous-mêmes, nous créons un monde. Cela se passe quelque part en nous-mêmes. " Evidemment ça paraît complètement dingue - la réalité envisagée comme une pure création mentale ! D'autant plus fou qu'Ondine sait, d'une certitude jaillie des profondeurs, que c'est la vérité. Tant de choses incompréhensibles s'éclairent, c'est fantastique ! Elle en pleurerait de joie et de gratitude. 



 Une délicieuse brise vient tempérer le soleil encore ardent de septembre. Silencieusement Ondine remercie et se réjouit. Sa rangée est déjà terminée, elle revient sur ses pas à la rencontre de sa voisine qui peine à suivre le rythme de la colle. Ondine déborde d'énergie, elle a l'impression d'être dopée, elle s'envole, ne sent plus le temps s'écouler, infatigable… Tout son être est en fête. Les voix du dedans se sont tues, apaisées - confondues en un seul corps. Elle ne se lasse pas de lancer dans le seau les grappes généreuses, noires de soleil, élégamment dessinées, elle tient le tempo, c'est magique ! Instinctivement la main trouve le bon angle, repère la naissance de la tige, coupe d'un geste sûr. Rien à faire qu'à laisser faire… le corps, libéré de toute volonté de contrôle. C'est si simple, un jeu d'enfant ! De paresseux nuages floconnent dans la lumière limpide, comme Ondine savourant la légèreté, la quiétude du plein après-midi, la joie d'être vivante. Sa vie n'est ni devant ni derrière elle, sa vie se joue ici, maintenant, dans toute sa plénitude. Plus heureuse qu'elle n'a jamais su l'être, sans attente, sans " si " ni " mais ", le temps n'a plus de prise sur elle – le passé se dissout avec les nuages, le futur n'est pas encore – seul l'instant présent retient son attention, la contient toute, la révèle à elle-même, fait fructifier son être.

  

Ondine réalise enfin qu'elle n'a besoin de rien d'autre, que tout a toujours été là, que tout est là, disponible. La source coule d'abondance, inonde ses terres, vivifie son être, et le transforme - en permanence. Un sourire bienheureux illumine son regard. Elle est en paix, des ondes de reconnaissance joyeuse la portent et la transportent. Elle reconnaît là l'état de grâce - quand tout atteint son équilibre – tout simplement.

 

A ma radieuse sœur,
en hommage au Bateleur,
l'Eternel Apprenti,
vif-argent s'écoulant
pour toujours
dans nos veines

4 octobre 2007

 

Par nature - Publié dans : équilibre - Communauté : Imaginair - Atelier d'écriture
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Jeudi 4 octobre 2007 4 04 /10 /Oct /2007 10:35

Extrait du journal erratique de Lili Cosmonde



Mardi 2 octobre 2007


Assez brusquement et sans trop savoir pourquoi, j’avais déserté notre chaleureux cercle littéraire. Sans tout à fait rompre les liens, je restais en contact, plus symbolique qu’effectif d’ailleurs, car je ne me manifestais plus. Je suivais les tribulations du groupe de loin en loin, sans toutefois avoir envie d’y participer d’autant que j’étais fort occupée à mener de front plusieurs projets qui me tenaient particulièrement à cœur. J’avais déniché près de chez moi un atelier d’écriture et saisit l’opportunité de retrouver cet incomparable plaisir d’écrire sur le vif ce qui vient, dès la consigne prononcée. A ma grande surprise, je m’aperçus que le plus grand défi pour moi qui écrivais maintenant presque chaque jour, était de le faire en présence des autres. J’avais l’impression de manquer d’air, d’espace et de la quiétude nécessaire pour plonger résolument en moi-même. Je finis d’ailleurs par m’en expliquer tant les bavardages et le manque de concentration ambiant m’étaient douloureux et dressaient une muraille infranchissable entre mon inspiration et ma plume. " J’entre en écriture comme on pénètre dans un sanctuaire, en silence, avec respect et confiance. " avais-je, comme d’habitude un peu trop solennellement, déclaré. Evidemment les réactions étaient partagés entre ceux qui aiment à se tourner vers l’intérieur et ceux qui, coûte que coûte, doivent s’exprimer non pas tant pour communiquer quelque chose, que par besoin impérieux de s’extérioriser,  d’occuper la place  ou encore comme une tentative d’échapper à soi . Mon intervention permit tout de même à l’animateur de rappeler les règles du jeu et au groupe des " dissipés " de prendre conscience que leur attitude pouvait être agressive pour d’autres. Malgré tout, je ne réussis jamais vraiment à écrire autour de la table et m’échappais à chaque fois dehors avec cahier, stylo et tabac, assise sur le trottoir ou m’aventurant dans les ruelles avoisinantes, n’importe où je pourrais déployer ma bulle d’imaginaire. Une nouvelle occasion de me rappeler que je ne suis vraiment pas un animal grégaire, même si animal je le deviens dès qu’il s’agit de défendre mon territoire, mon périmètre vital. Je mesurais à quel point cet espace nécessaire s’est élargi ces dernières années et comme il me tient à l’écart de presque toute vie sociale. Ce dont je n’avais pas encore pris toute la mesure, c’est que cette tendance incontournable depuis l’enfance à prendre le large, est en fait un besoin essentiellement physique, une réponse inconsciente et immédiate à l’envahissement des autres. Finalement ce qui m’apparût soudain dans toute son évidence, c’est que j’ai toujours cherché à être, avant tout, en relation intime et privilégiée avec moi-même, condition sine quoi non, à mon sens, pour tisser des relations véritablement authentiques et profondes avec autrui. 


Dans la foulée, je quittais aussi ce groupe, consacrant toute mon énergie à gagner de quoi manger et payer mes satanées factures. Une autre équipe m’attendait là, aux champs - le plus drôle étant, que sans l’avoir voulu, j’en devins le " chef ". N’est-ce pas le comble du solitaire ? Naturellement, en tant que porte-parole du patron, j'étais sans cesse sollicitée, en première ligne des deux côtés, en position de référence que je n’avais ni désirée, ni choisie, mais que j’assumais néanmoins de bon coeur. Moins commode dans ces conditions de se tenir à distance, mais la paperasse m’offrait parfois quelques plages de solitude bien venues et le travail au grand air, en pleine nature, me permettait de tenir. Sacré exercice d’équilibriste que de se trouver littéralement entre deux feux, devant satisfaire à la fois les ouvriers et le patron ! Rapidement je constatais que je ne prendrais partie ni pour les uns ni pour les autres mais pour tous et chacun, dans la perceptive plus large de faire fonctionner l’exploitation de façon optimale. Ainsi, je retrouvais une posture ô combien naturelle, celle de me maintenir au-dessus de la mêlée, toujours un pas de côté pour garder la vue d’ensemble. Chacun défendant ses propres motifs, j’étais sans cesse tiraillée entre les intérêts particuliers et le bien commun et tentée de satisfaire les desiderata des uns et des autres. Mais au bout du compte, je maintenais mon cap, n’en déplaise à certains, et roulais pour les plantations, espérant une abondante récolte. Une poignée de semaines aux premières loges de la " Comédie Humaine ", jouée par une dizaine de personnes rassemblées sur quelques hectares de belle nature pour y faire pousser x tonnes de légumes ! Certains le vivaient comme une obligation, un acte de survie, une nouvelle preuve de l’injustice du monde et endossaient automatiquement le rôle de l’exploité, de l’esclave corvéable à merci, calculant fébrilement les profits supposés réalisés à la sueur de leur front. D’autres, là par nécessité mais aussi par goût, appréciaient l’aubaine - dans ce coin économiquement sinistré - d’un travail utile, sans réelle hiérarchie, dans un paysage de rêve typiquement cévenol : bancels plantés de châtaigniers, de cèdres du Liban, de tilleuls. Pour ma part, c’était le nirvana, les additions se multipliaient et faisaient fructifier mon être. Et pour commencer - enfin terminés les soucis tristement terre-à-terre qui s’acharnaient à plomber mes joyeuses envolées ! Et puis un petit clin d’œil en pied de nez, car je rejoignais, avant d’y être contrainte, la glorieuse troupe de la France qui se lève tôt ! Mais pour en arriver à l’essentiel, le suprême cadeau pour moi restait de pouvoir gagner mon pain honorablement en cultivant la terre de mes mains, dans un petit coin de paradis, en compagnie des piverts, des huppes, des coucous, des buses, des papillons, des abeilles, des nuages, des arbres, du ruisseau et de la terre si subtilement parfumée au petit matin. Mon corps, sevré de nature depuis les mois passés vissé sans répit devant l’ordinateur réagissait avec enthousiasme à cette suractivité soudaine, moulu certes mais tellement satisfait ! " Certains paient pour des programmes de remises en forme très sophistiqués, moi je suis payée pour ça et ça marche bien au-delà de mes espérances, plus je me donne sans ménager mon effort et plus j’ai d’énergie et d’envie, c’est vraiment fantastique ! " Dans le même temps, un collègue se plaignait de travailler pour un salaire de misère, plié en deux sous un soleil de feu, secrètement humilié d’être descendu si bas. J’y vois encore une fois, la preuve flagrante que tout se passe dans la tête, pour l’un l’enfer, pour l’autre le paradis, selon ce que chacun se raconte au sujet de ce qu’il vit. Rien de telle qu’un expérience partagée en groupe pour douter qu’il existe véritablement une réalité objective. Autant d’individus, autant d’appréciations, de jugements différents! A croire que, tous, nous sommes dans des réalités subtilement parallèles ! Ce qui pour l’un est une bénédiction semble une punition pour un autre, tout finalement se jouant dans le regard que l’on porte, selon l’angle choisi pour la prise de vue. Cette révélation ne cesse de résonner de mille échos dans ma vie, avec une insistance certaine ces dernières années, comme pour me rappeler encore et encore qu’il n’existe pas une vérité universelle mais une infinité de vérités absolument uniques. 


De retour sur ma planète, je replonge avec délices dans ma vérité, baignée dans mon énergie propre, j’inspire de tout mon être l’air du dedans, ma vibration singulière – je rentre à la maison… où je cultive mon jardin planétaire, à l’abri des regards et des influences contraires. Ici, je suis chez moi, en sécurité, seul maître à bord, je trace ma route comme ça me chante, n’en référant qu’à moi-même. Je navigue ainsi guidée par les nécessités intérieures, laissant aux autres l’espace de faire de même s’ils le souhaitent. Je passe souvent pour une égoïste parce que je me laisse rarement embarquer dans les scénarios de ceux qui espèrent obtenir quelque chose de moi, que je ne me sens plus obligée de répondre aux désirs de mes proches si ça ne me convient pas et que je ne fais pas semblant de… pour satisfaire une hypocrisie grossièrement fardée de politesse. Ce que je perds en apparente convivialité, je le gagne en liberté et somme toute, en vérité. Je ne perds plus mon temps à produire la réplique qu’on espère de moi ni à entretenir de faux semblant inconsistants, je me contente du respect et de la politesse élémentaires. Je me suis trop longtemps crue déséquilibrée alors que je n’étais qu’infidèle à ma foi, à ma flamme pour ne pas trop bousculer mon entourage. A la fois incapable de m’assujettir aux besoins des autres et ne me permettant pas réellement de prendre soin des miens. Ni tout à fait ici, ni tout à fait ailleurs, oscillant dangereusement entre sacrifice résigné et revendications brûlantes, je me morfondais ou je rongeais mon frein. Ca me semble si loin aujourd’hui que je doute qu’il s’agissait bien de moi ! L’avantage majeur de me fonder essentiellement sur moi-même, c’est que tout se simplifie comme par enchantement. Je connais par cœur mes besoins, mes désirs, mes passions. Qui d’autre saurait mieux les satisfaire ? Ma vie m’appartient, j’en ai la pleine et entière responsabilité, la totale jouissance et n’ai de compte à rendre qu’à ma propre vérité. Je ne peux, en aucun cas, adhérer à la vérité des autres, personne ne le peut, à moins de se renier !

 

Savoir se fondre, savoir s’extraire…

 

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