Samedi 8 décembre 2007

 

 

 


 

 

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Meredith Monk par Guy Scarpetta

La première fois que je l'ai vue, c'était aux tout débuts du Festival, en 1974, au Musée Galliera, - dans une "performance", précisément, qui s'appelait Our Lady of Late.Elle était assise derrière un verre d'eau dont elle tirait, en promenant son doigt humecté sur le bord, des sons vibrants, cristallins, ondoyants. Sa voix accompagnait le son: j'avais été saisi, d'emblée, par le vertige inouï que cette voix suscitait: séquences cadrées, rythmes dans le rythme, chutes, dérives, accélérations, grondements, modulations, multiplication à l'infini des foyers d'émission. Une voix qui semblait avoir traversé toutes les cultures (avec des échos orientaux, africains, japonais), tous les âges (pépiements de petite fille, roulements rauques de vieil ogre), - et qui pouvait se métamorphoser sans fin, se précipiter en piaillements, roucoulements, hululements, hurlements chavirés, halètements. Jamais, sans doute, je n'ai ressenti à ce point ce que pouvait être l'ivresse d'une voix chauffée à blanc, excédant toute commune mesure.


Au commencement, chez elle, est la voix, toujours. C'est là que quelque chose s'ouvre, qui semble provenir d'avant la langue, d'avant les paroles (et peut-être même: ce que l'on doit oublier lorsque l'on apprend à chanter), - et qui se situe, aussi, souverainement au-delà. Un soufffle incarné qui passe par la gorge, le ventre, le crâne, la poitrine, les sinus. Un tissu très complexe de vibrations, d'ondulations, de scansions. Capable de se ramifier, de se spiraler. D'être à la fois du côté de l'animalité, et du côté de la pureté aérienne, délivrée. Rien ne se passe si l'on n'accepte d'entrer dans cette voix, dans sa légèreté, sa véhémence, ses spasmes, sa gratuité. De refaire avec elle le trajet qui va du soufffle vers la chair, en traversant toutes les réverbérations, toutes les cavités. Le monde, alors, s'allège, se dissout, dans un flux tout à la fois pathétique, désinvolte, indécent, détaché, violent, poignant.

(...)
www.festival-automne.com/public/ressourc/publicat/1992ouvr/mosc146.htm

Par guy scarpetta - Publié dans : voix
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, c'est ne pas compter, c'est croître comme l'arbre qui ne presse pas sa sève, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps, sans craindre que l'été puisse ne pas venir. L'été vient. Mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux.

Rainer Maria Rilke   Lettres à un jeune poète

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